Le littoral méditerranéen du Maroc s’étend sur près de 500 km, entre plages immaculées, montagnes majestueuses et villages côtiers pleins de charme. Ce territoire regorge de potentiel, notamment pour un tourisme équilibré, durable et accessible. Toutefois , son relief particulier rend les déplacements complexes et freine une partie de son développement.
Après avoir passé plusieurs années sur la côte ouest du Canada, notamment à Vancouver Island, j’ai pu observer des solutions de mobilité adaptées à des territoires similaires en termes de géographie et d’isolement. Loin de toute comparaison critique, ces exemples offrent des pistes d’inspiration concrètes, que l’on pourrait adapter au contexte marocain, dans une logique de complémentarité avec les efforts déjà en cours.
Voici trois idées inspirées de ce que j’ai vu au Canada, que l’on pourrait envisager ici pour continuer à ouvrir la côte méditerranéenne à ses visiteurs, tout en respectant son caractère unique.
Des bus saisonniers bien organisés
Sur l’île de Vancouver, un service de bus appelé IslandLink relie efficacement les villes et villages côtiers à travers un réseau fluide, ponctuel et confortable. Ce système fonctionne surtout pendant les saisons touristiques, avec des bus équipés pour transporter les voyageurs avec bagages, planches ou matériel de camping.

Au Maroc, bien que des liaisons existent entre les grandes villes de la côte méditerranéenne – comme Tétouan, Al Hoceima, Nador ou Saïdia – elles sont principalement conçues pour les déplacements des habitants entre ces centres urbains. Sur l’axe de la Rocade Méditerranéenne, des grands taxis relient déjà plusieurs de ces localités, mais ils restent mal adaptés au tourisme : absence de confort, six personnes entassées (quatre à l’arrière, deux à l’avant), pas d’horaires fixes, et peu de place pour les bagages ou équipements. Ce mode de transport ne répond pas aux attentes des familles, voyageurs ou touristes, et limite l’essor du tourisme local.
Il devient donc essentiel de mettre en place un réseau de bus saisonniers, spécialement conçu pour le tourisme estival. Ce réseau devrait desservir les villages et stations balnéaires situés le long de la côte, notamment Azla, Amsa, Tamrabet, Tamernout, Aouchtam, Oued Laou, Kaa Asrass, Targha, Stehat, El Jebha, et jusqu’à Al Hoceima et Saïdia. Les bus seraient dotés de coffres spacieux pour accueillir bagages et équipements (pique-nique, matériel de plage ou de randonnée), et circuleraient selon des horaires fixes et réguliers durant la haute saison.
En termes d’investissement, ce projet est peu coûteux et facilement réalisable : pas besoin de grands bus, des vans modernes ou minibus suffisent amplement pour couvrir la demande. Quant aux arrêts, de simples abris avec les horaires affichés, comme dans les réseaux urbains classiques, seraient largement suffisants.

Ce système de transport léger, accessible et bien structuré pourrait changer profondément la dynamique touristique de la côte méditerranéenne, en ouvrant l’accès aux villages côtiers, en valorisant les paysages et en soutenant l’économie locale.
Des ferries côtiers
En Colombie-Britannique, BC Ferries transporte quotidiennement des milliers de passagers et véhicules entre les îles et le continent. Plus qu’un service de transport, c’est une véritable infrastructure publique qui soutient les économies locales, le tourisme et le mode de vie côtier.

Malgré la présence de plusieurs ports sur la côte méditerranéenne — Tanger, Tanger Med, Al Hoceima, et Nador — un vide subsiste entre Tanger et Al Hoceima, laissant toute une portion de la côte sans accès maritime. Cette zone, qui comprend des villages comme Oued Laou, Targha, Stehat ou El Jebha, repose uniquement sur une route de montagne, longue et fatigante, surtout en période estivale.

L’ajout d’un port à Oued Laou pourrait combler ce vide stratégique. Bien placé, il permettrait non seulement de désenclaver la côte centrale, mais aussi de mieux connecter l’intérieur du pays, notamment des destinations comme Akchour, Chefchaouen ou Ouezzane.
Aujourd’hui, les ports marocains sont tournés vers l’international. Pourtant, il serait pertinent de développer des lignes maritimes locales, reliant les ports du nord entre eux. Un réseau côtier marocain, entre Tanger, Oued Laou, Al Hoceima, Nador et Saïdia, offrirait une nouvelle manière de voyager dans le pays..
Ce type de trajet serait idéal pour les familles marocaines, qui pourraient profiter d’une expérience en mer agréable et dépaysante, sans avoir besoin de visa ni de quitter le pays. Naviguer le long de la côte permettrait de découvrir d’autres régions du Maroc tout en évitant la fatigue de la route, notamment sur les axes montagneux.
Au-delà de l’aspect pratique, ce projet apporterait une dimension touristique et culturelle forte, en valorisant le littoral, en dynamisant les petits ports et en renforçant les échanges entre régions.
Des hydravions
En Colombie-Britannique, les hydravions de compagnies comme Harbour Air relient de nombreuses villes côtières entre elles, notamment Vancouver, Victoria, Nanaimo ou Salt Spring Island, mais aussi des localités plus isolées comme Tofino, Powell River ou Comox. Ce réseau aérien léger permet d’accéder facilement à des régions éloignées, souvent difficiles d’accès par la route ou les ferries.
Bien plus qu’une simple attraction touristique, l’hydravion est un véritable outil de mobilité, utilisé au quotidien par les voyageurs, les professionnels et les investisseurs. Il offre un moyen de transport rapide, confortable et régulier, avec des prix qui restent raisonnables par rapport aux bénéfices offerts en termes de gain de temps et d’accessibilité.

Au Maroc, ce modèle pourrait inspirer une solution parfaitement adaptée à la côte méditerranéenne, où de nombreux villages et petites villes restent en marge des circuits classiques, en raison du relief montagneux et du manque d’options de transport efficaces. Des liaisons en hydravion pourraient ainsi désenclaver ces territoires tout en mettant en lumière leur potentiel naturel et culturel.
En valorisant ces destinations aujourd’hui peu accessibles, on ouvrirait de nouvelles perspectives pour un tourisme plus équilibré et plus inclusif sur l’ensemble du littoral méditerranéen.
La côte méditerranéenne marocaine a tout pour devenir une destination majeure du tourisme durable : paysages sublimes, culture locale riche, villages authentiques… Ce qu’il lui manque, ce n’est pas une autoroute ou une station balnéaire artificielle, mais des moyens simples pour y accéder facilement.
Des bus saisonniers, un réseau de ferries, quelques lignes d’hydravion : trois idées concrètes, réalistes, adaptables au contexte local. Des idées pour révéler ce territoire, le rendre accessible sans le dénaturer, et bénéficier directement aux populations locales.


